mercredi 18 octobre 2017

Florence Gauthier à propos du droit naturel (1)





Entretien avec Florence Gauthier (historienne Paris Diderot)




– Vos travaux sur les Révolutions de France et de Saint-Domingue/Haïti mettent en lumière la philosophie du droit naturel dans la Révolution française. Vous y avez consacré plusieurs ouvrages, La Guerre du blé au XVIIIe siècle; Triomphe et mort de la Révolution des droits de l’homme, 1789-1795-1802 L’Aristocratie de l’épiderme, le combat des Citoyens de couleur, 1789-1791 et un n° spécial « Droit naturel », de la revue Corpus en 2013. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette Déclaration des Droits Naturels de l’Homme et du Citoyen ?

Florence Gauthier – Historienne des Révolutions de France et de Saint-Domingue/Haïti, je me suis intéressée aux questions agraires en étudiant la communauté villageoise, son système agraire communautaire, sa gestion des droits d’usage sur les biens communaux, ses modes de résistance aux usurpations seigneuriales et ses pratiques démocratiques, avant et pendant la Révolution française. J’ai rencontré encore l’offensive des économistes physiocrates qui, dans les années précédant la Révolution de 1789 ont cherché à détruire cette propriété communale et à introduire des rapports de type capitalistes dans le marché des denrées de première nécessité, à commencer par celui des subsistances. Je me suis tournée vers les colonies esclavagistes pour comprendre la Révolution de Saint-Domingue/Haïti et les politiques coloniales qui s’affrontaient pendant la Révolution et c’est ainsi que j’ai constaté que les archives des couches populaires de la société, comme celles des catégories supérieures, s’intéressaient toutes à la question des droits de l’homme, soit pour les défendre, soit pour les combattre.

J’ai alors porté mon attention sur le fait que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen déclarait des « droits naturels et imprescriptibles ». Je suis partie à la recherche de « ces droits naturels » parce que je ne trouvais guère de références explicites à ce sujet. Et pour cause ! En 1789, la Convocation des Etats généraux, réunis pour le 1er mai à Versailles comme le voulait la tradition, se sont transformés en Assemblée nationale constituante le 20 juin suivant, lorsqu’une majorité de députés s’est formée pour imposer au roi une constitution : ce fut l’Acte I de la Révolution, juridique ici, par le remplacement des Etats généraux convoqués par le roi, en une assemblée constituante élue par tous les sujets du Royaume. Puis, lorsque le roi refusa la constitution et tenta la répression contre les députés, le peuple, qui s’était impliqué en rédigeant ses doléances, s’arma pour se protéger lui-même. On était au début du mois de juillet.
Partout dans le pays, à la vitesse du tocsin qui prévenait les villages voisins, les gens s’armaient avec ce qu’ils trouvaient sous la main et les paysans se rendirent au château, exigèrent les titres de propriété seigneuriale et les brûlèrent, réclamant la suppression des rentes féodales. Le pouvoir municipal fut pris par les insurgés qui formèrent spontanément des gardes nationales de citoyens. Résultat : le mouvement dura trois semaines environ, le pays était transformé : la grande institution de la monarchie s’était effondrée car les responsables locaux, les intendants du roi, prirent la fuite et les gouverneurs militaires se firent tout discrets…

Une des premières mesures révolutionnaires fut le vote par l’Assemblée constituante de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen le 26 août 1789. Ce texte était le Manifeste de la Révolution, votée à l’unanimité par une Assemblée qui venait d’être sauvée par l’insurrection populaire. Que disait-il ? Je vais tenter de préciser ce qu’il y a dans le cœur de ce manifeste. La notion de droit naturel a permis de développer, depuis le Moyen-âge, des théories et des propositions constitutionnalistes, fondées sur le principe de la souveraineté populaire, dans le but de contrôler l’exercice des pouvoirs publics, législatif et exécutif. Le législatif représente l’expression de la conscience sociale et est constitué de l’ensemble des textes de la constitution votés par l’assemblée des députés, sous le contrôle effectif des citoyens.
Et en effet, le système électoral communal depuis le Moyen-âge, permettait ce contrôle effectif et voici comment : le député élu était un commis de confiance, choisi par les électeurs et responsable devant eux. Chargé d’une mission, ce commis de confiance devait en rendre compte à ses électeurs et, en 1789 par exemple, les mandataires étaient entretenus durant leur mission par leurs mandants. Enfin, si ces derniers considéraient que leurs mandataires avaient perdu leur confiance, ils étaient rappelés et tout simplement remplacés.
Mais je reviens au droit naturel.
La notion de « droit naturel » a été retrouvée au XIIe siècle et précisée par Gratien, juriste à l’Université de Bologne qui a repris les termes de droit naturel à l’ancien droit romain, en leur donnant une nouvelle signification afin d’exprimer la spécificité de ce mouvement venu de la société entière, pour la reconnaissance de la liberté et de la dignité humaine.
Gratien définit ce droit naturel comme un complexe de droits et de pouvoirs. Résumons :
– Un sentiment d’indignation connu de toute personne qui subit une violence et réclame justice.
– Un droit à la pensée critique et un pouvoir exercé selon la raison humaine.
– Gratien l’a décliné en « droit naturel de liberté qui appartient à tout être humain » : et voilà l’égalité qu’il définit comme la réciprocité de ce droit de liberté et de résistance à l’injustice et à l’oppression. Cette réciprocité, ou égalité, exprime la relation à l’autre et aux autres. On le voit, il s’agit bien d’un droit individuel ou personnel puisqu’il appartient à chaque être humain et réciproque parce qu’il prend en compte la relation à l’autre : l’autre a les mêmes droits que moi, j’ai le devoir de les respecter.




Les idées d’unité du genre humain et les termes de droit naturel viennent de l’antiquité grecque et romaine, héritage d’une société plus ancienne encore, puisque l’esclavage antique a contré le droit naturel de naître libre. Mais cette notion est là, à la fois offerte et niée, dans le droit romain : on la trouve dans la principale source du droit romain que nous conservions, le Code Justinien (VIe s.), dans la partie intitulée Digeste, Livre 1.
Mais ce fut au Moyen-âge, depuis la chute de l’Empire romain d’Occident, que ces termes de droit naturel ont été retrouvés et réappropriés pour exprimer le rejet de l’esclavage, puis du servage, et faire de la liberté et de la résistance à l’oppression le fondement du droit des sociétés de l’espace ouest-européen. Ce fut un tournant dans l’histoire du droit, que de concevoir ce droit naturel justifiant la résistance à l’oppression.

– Gratien a laissé le Decretum, écrit vers 1140, dans lequel on trouve le droit à l’existence des pauvres, mais ce droit est en rapport avec le droit de propriété, de quoi s’agit-il ?

Florence Gauthier – Retournons au droit romain pour mieux comprendre cette question du droit à l’existence des pauvres, qui est en effet un droit de propriété. On y rencontre l’idée que l’usage des choses qu’offre le monde est commun au genre humain et les sociétés humaines doivent organiser cet usage qui est à la fois commun et privé. Un exemple : un paysan cultive une terre qui est commune à la société, mais les fruits de son travail lui appartiennent ; ou un chasseur chasse dans le bois commun et consomme le produit de sa chasse, etc
Le droit de propriété des biens matériels n’est pas considéré comme un droit naturel, à la différence des droits à la vie, à la liberté, à la résistance à l’oppression. L’exercice du droit de propriété relève d’une décision de la société politique qui réserve tels biens en commun, tels autres biens à des personnes privées. Mais, que les biens soient distribués à des particuliers ou à des collectivités, ils le sont sous condition de restitution en cas de nécessité. Il n’y a donc pas de propriété privée exclusive en ce qui touche à la répartition des biens matériels.

Gratien discute la question du droit des pauvres. Ecoutons-le :
" Nourrissez les pauvres, si vous ne le faites pas, vous les tuez " écrit-il dans le Decretum.
Les pauvres doivent être aidés parce qu’en tant qu’êtres humains, ils ont droit à leur part des biens de ce monde. En temps de détresse, la propriété privée a des devoirs vis-à-vis des autres et les pauvres ont un droit sur le superflu des riches. Un pauvre qui vole un riche ne fait que reprendre sa part du bien commun, écrit encore Gratien. Le droit à l’existence et aux moyens de la conserver est donc bien un devoir de la société selon la conception du droit naturel médiéval.
Prenons l’exemple de l’hospitalité partageuse. Une communauté villageoise pouvait accueillir de nouveaux venus et décider, en assemblée générale, de leur reconnaître le droit d’habiter là et d’obtenir le titre d’habitant (comme membre de la communauté) et l’accès aux droits d’usage collectifs, dont celui d’obtenir un terrain pour construire sa maison. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de périodes de misère au Moyen-âge, il y a eu des épidémies, des guerres dévastatrices, des accidents climatiques, mais la société a organisé des moyens d’accueil et d’entraide, au niveau local pour s’en défendre.

– On présente ordinairement les droits économiques et sociaux comme des idées récentes ; il semble, au contraire, qu’elles existent depuis bien longtemps. Toutefois, ces droits ont du être contrés de façon virulente et donner lieu à des luttes intenses, comme le laisse penser la puissante offensive actuelle contre les politiques de protection sociale…

Florence Gauthier – La conception d’un droit naturel partageux a été dominante au Moyen-âge. Elle a cependant été contrée par des courants de pensée qui refusaient d’aborder la place du genre humain dans la nature et dans la société, de cette manière partageuse entre chacun de ses membres. Nous connaissons bien ces adversaires du partage, qui ont organisé des systèmes qui réussirent à s’imposer. Prenons celui que nous connaissons le mieux et qui domine depuis le début du XIXe siècle : le capitalisme impérialiste, qui peut prendre encore des formes variées, bien qu’il tende à l’uniformisation. Il est apparu depuis la conquête du Nouveau monde, appelé ensuite Amérique, et s’est développé peu à peu, lorsqu’une poignée d’Européens réussit, par un concours de circonstances favorables, à mettre la main sur un continent énorme, qui est devenu leur champ d’expériences les plus criminelles : violences, massacres, pillages, extermination des peuples « indiens », puis déportation de captifs africains mis en esclavage en Amérique.

De nombreux Espagnols ont réagi avec vigueur, dès 1492, à ces violences et ont fait avancer la théorie du droit naturel, d’une part en dénonçant cet impérialisme nouveau, qualifié de crime contre les droits de l’humanité, et d’autre part en jetant les bases d’une alliance cosmopolitique défendant les droits naturels des peuples et des gens contre les conquêtes. Ce furent Las Casas et Vitoria à l’Université de Salamanque, au début du XVIe siècle qui le théorisèrent, ce qui fut repris et développé jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
Las Casas
Mais je n’ai pas le temps de développer cette question importante, ici, et je poursuis sur le droit à l’existence, avec toutefois en toile de fond, ce courant de droit naturel cosmopolitique refusant l’impérialisme.
Les conséquences du capitalisme impérialiste commencèrent à se faire sentir dès le XVIe siècle et de nombreuses révolutions, qui cherchaient à s’en libérer, se succédèrent, au nom du droit naturel dans cet espace ouest-européen. Je rappelle rapidement l’Indépendance hollandaise qui rejeta la domination espagnole au bout d’un siècle de résistance, puis la première Révolution d’Angleterre de 1640, qui vécut l’expérience d’un mouvement populaire faisant campagne pour une Constitution démocratique, éclairée par une Déclaration des droits naturels (birthrights en anglais, droits de naissance). John Locke en fut l’héritier et offrit, avec ses Deux Traités de gouvernement, en 1690, une théorie politique critique, qui nourrit le siècle suivant et inspira un renouveau de la pensée du droit naturel, largement diffusé par les Lumières au siècle suivant.
Portrait de Montesquieu
Voici comment Montesquieu abordait la question du droit à l’existence dans L’Esprit des Lois, en 1757. Il constatait l’expropriation des paysans de son temps et l’accroissement du nombre de misérables, et prenait la défense d’une redistribution de la propriété et des droits sociaux pour assurer le droit à l’existence :
« Quelques aumônes que l’on fait à l’homme nu dans les rues ne remplissent pas les obligations de l’état , qui doit à tous les citoyens une subsistance assurée, la nourriture, un vêtement convenable et un genre de vie qui ne nuise pas à la santé »
Il est clair que Montesquieu connaît la philosophie du droit naturel et pense dans ce cadre : la société politique doit assurer le partage des biens afin que chacun ait accès à sa part des choses du monde et que cette part ne soit pas accaparée par une minorité sans scrupules. Tel est, selon, lui, le rôle d’une société politique et de son gouvernement.
 
l'abbé de Mably
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Mably fut un critique perspicace de l’économie politique des puissances européennes de son temps. Grand connaisseur des économistes écossais et, en France, des physiocrates et des turgotins, il constatait les résultats dévastateurs des expérimentations de cette économie politique, qui tendait à polariser les sociétés en une mince couche de plus en plus riche et une classe de bas salariés et de chômeurs de plus en plus misérables. Mably expose son rejet de l’esclavage, propre à la pensée du droit naturel, et le compare à la misère des sociétés modernes européennes : « Vous parlerai-je de la mendicité, qui déshonore aujourd’hui l’Europe, comme l’esclavage a autrefois déshonoré les républiques des Grecs et des Romains ? »
La misère lui apparaît comme une forme d’exclusion à l’accès aux droits sociaux et politiques. L’objectif premier est alors d’en proscrire la cause : « La mendicité déshonore et affaiblit un gouvernement. Les aumônes des riches ne réparent pas le mal ; et si vous ne voulez pas que les vices du riche profitent des vices des pauvres, proscrivez la pauvreté » 
Comment ? En renonçant aux politiques conquérantes en ouvrant un processus de décolonisation, réclamé à l’époque dans plusieurs colonies européennes et, à l’intérieur, en menant une politique capable de renouer avec les principes d’une société politique qu’il estime élémentaires, c’est-à-dire ceux du droit naturel, en commençant par rétablir un pouvoir législatif réellement représentatif de la société, afin qu’elle puisse délibérer et répondre aux problèmes qui se posent à elle.
Or, la monarchie, sans les avoir supprimés, ne convoquait plus les Etats généraux en France depuis le XVIIe s, raison pour laquelle on la qualifiait, à juste titre, de « despotique ». Mably réclama la convocation de cette vieille institution, afin qu’elle reprenne l’exercice du pouvoir législatif délibérant et ouvre des débats publics. Et, en 1789, la monarchie en crise profonde, en vint à convoquer les Etats généraux, choisissant une solution politique pour répondre aux graves problèmes qui s’imposaient alors.

(à suivre)

mardi 10 octobre 2017

Marion Sigaut – Les événements marquants du XVIIIème siècle

           

La Bulle dite Unigenitus (1713), que le Parlement avait enregistrée sous la contrainte, constitue assurément l'un des moments-clés de ce siècle. Au cours de son règne, Louis XV ne parviendra jamais à imposer son autorité à des magistrats attachés aux libertés gallicanes, et encore moins au Clergé de France, qui formait selon les mots du baron d'Holbach un "état séparé" dans le Royaume de France (voir ici).

On aurait également pu mentionner l'année 1754, lorsque La Condamine présenta à l'Académie des Sciences un premier rapport en faveur de l'inoculation de la variole. Face à l'hostilité du Clergé, il faudra attendre 1774 (et combien de milliers de morts supplémentaires ?) pour que la famille royale (et Louis XVI en personne) accepte de se faire vacciner.

mercredi 27 septembre 2017

L'Eglise et l'esclavage au XVIIIè siècle (3)


"Tu aimeras ton prochain comme toi-même", nous ordonne l'Evangile selon St Marc. Informé de ce commandement, un élève m'interroge sur l'attitude de l'Eglise face à la traite négrière pratiquée par la France et d'autres pays d'Europe au XVIIIè siècle."Les voies du Seigneur sont de tout évidence impénétrables!" suis-je obligé de lui répliquer, un peu honteux de ma pirouette, avant de lui proposer ce magnifique passage extrait de Dissertation sur la traite et le commerce des nègres (1764).
Ecrit par un théologien, Jean Bellon de Saint Quentin, ce petit ouvrage est un chef-d'oeuvre de cynisme chrétien. Réfutant les arguments des encyclopédistes, l'apologiste tente en effet de démontrer que l'esclavage ne contredit ni le droit naturel ni la loi Divine !
 
Voici la conclusion de cette dissertation.

 
"Traite des nègres", gravure XVIIIè
Conclusion :
Qu’il nous soit permis de terminer cette dissertation par l’importante réflexion que fait un des plus savants théologiens de notre siècle ; il en fait part à un ami dans une de ses lettres (…) Voici seulement ce que j’ai transcrit ici avec une singulière satisfaction.
Les nègres étant nécessaires à la culture de nos colonies, c’est pécher contre l’Etat et faire un très grand mal que d’en décrier le trafic comme contraire à la charité et à l’humanité, dès que ce trafic est innocent et légitime (ndlr : La preuve est établie que charité commence par soi-même !) . S’il s’y glisse des abus, il faut corriger ce qui est abusif et laisser subsister ce qui est bon. J’en dis autant de la manière dont on les traite en Amérique. En se conformant aux Ordonnances de nos rois et en usant de toute la bonté possible à l’égard des nègres, leurs maîtres n’auront rien à se reprocher.
Je suis extrêmement touché d’une raison qui me fait regarder comme un grand mal, le décrit qu’on fait de ce commerce. Le plus grand malheur qui puisse arriver à ces pauvres Africains serait la cessation de ce trafic. Ils n’auraient alors aucune ressource pour parvenir à la connaissance de la vraie religion, dont on les instruit à l’Amérique, où plusieurs se font chrétiens ; au lieu qu’en Afrique, ils sont totalement abandonnés, car je ne sache point qu’il y ait aucun missionnaire. Eh ! plût à Dieu que l’on achetât tous ces misérables nègres et qu’on en dépeuplât l’Afrique pour en peupler l’Amérique ; n’en dût-il résulter que le salut d’un seul élu, pour lequel Dieu ne fait pas difficulté quelquefois de bouleverser des royaumes entiers. On ne va pas y faire des esclaves, on les y trouve tels : en les achetant, on les fait passer d’une servitude barbare à une servitude humaine, d’autant plus avantageuse pour eux qu’elle leur devient un moyen de salut.

1794 : les prêtres de Laval montent sur l'échafaud

samedi 16 septembre 2017

L'Eglise et l'esclavage au XVIIIè siècle (2)

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même", nous ordonne l'Evangile selon St Marc. Informé de ce commandement, un élève m'interroge sur l'attitude de l'Eglise face à la traite négrière pratiquée par la France et d'autres pays d'Europe au XVIIIè siècle."Les voies du Seigneur sont de tout évidence impénétrables!" suis-je obligé de lui répliquer, un peu honteux de ma pirouette, avant de lui proposer ce magnifique passage extrait de Dissertation sur la traite et le commerce des nègres (1764).
Ecrit par un théologien, Jean Bellon de Saint Quentin, ce petit ouvrage est un chef-d'oeuvre de cynisme chrétien. Réfutant les arguments des encyclopédistes, l'apologiste tente en effet de démontrer que l'esclavage ne contredit ni le droit naturel ni la loi Divine !
Dans ce 2nd extrait, il répond à quelques objections que lui fait un interlocuteur imaginaire. 



Mais ajoute-ton, n’est-ce pas chose qui en soi révolte les sens et répugne à la nature de vendre et de mettre à prix l’humanité ?


Ce n’est pas proprement l’humanité que l’on vend, en vendant des esclaves ; ce sont les services que ceux qui les achètent en tirent, et rien n’est plus appréciable. Ces termes « vendre » et « acheter » dont on s’offense et se choque si fort, lorsqu’il s’agit d’esclaves, sont employés dans l’Ecriture même (…)


Peut-on, sans blesser l’équité et sans se rendre coupable d’injustice envers ses semblables, leur enlever ainsi leur liberté et disposer de leur sort et de leur personne, contre leur gré et sans leur consentement ?


Nous l’avons déjà observé, en achetant des nègres en Guinée, on ne leur ôte point leur liberté, ils n’en jouissent plus, on ne les fait point esclaves, on les trouve tels. Et tout ce qui résulte de cet achat est d’améliorer leur sort ; d’où il suit que loin de leur faire injustice et de leur causer aucun tort, on les sert au contraire et on leur procure un très grand avantage, tant pour le bien-être du corps que pour le salut de l’âme, en les faisant passer à une servitude incontestablement plus douce et plus supportable que celle dont on les tire. (…)



Entre les principes de l’équité naturelle, un des premiers et le plus connu de tous n’est-il pas de ne point faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fît ?


Cette règle est incontestable (…) Mais il n’y eut jamais de cas où il y ait moins lieu d’en faire l’application. Puisque dans la vérité du fait, on n’aggrave point le joug des esclaves nègres, et on ne leur cause aucun mal en les transférant dans nos îles. Au contraire, c’est un très grand service qu’on leur rend, et un office de charité très réel que l’on exerce à leur égard. Non seulement on adoucit de beaucoup leur servitude corporelle, mais on les met à portée d’apprendre à connaître Jésus-Christ et son Evangile.


Qu’y a-t-il donc de si avantageux pour les esclaves de Guinée, à être transférés dans nos îles, où on leur donne à peine le nécessaire, où on les fait travailler comme des chevaux, où on les maltraite et les assomme de coups ? (…)


Que l’on interroge quelqu’un de sensé et d’équitable qui ait habité dans nos colonies et ait été témoin de la conduite qu’on y tient communément envers les nègres (…) Il y a des abus, on n’en disconvient pas ; mais où n’y en a-t-il point ? Il peut s’y trouver des maîtres durs et inhumains qui en usent mal avec leurs esclaves, comme il s’en trouve parmi nous qui se montrent tels avec leurs domestiques (…) On n’exige d’eux que plusieurs heures de travail par jour (…) et les paysans occupés dans nos campagnes à cultiver la terre en font le double au moins de ce qu’on exige des nègres de nos îles.


Il n’est plus permis en France non plus que dans plusieurs autres royaumes chrétiens d’avoir des esclaves : les lois civiles en ont abrogé l’usage.


Je conviens que cela n’est plus d’usage dans notre continent et que les lois ne le permettent pas : mais la même autorité qui a établi, pour de bonnes raisons,  les lois qui le défendent parmi nous, peut bien le permettre ailleurs, lorsque le bien de l’Etat l’exige. Aussi les habitants de nos colonies sont-ils autorisés par une loi particulière du prince, à en acquérir le plus qu’ils peuvent, pour la culture des terres : ce qui devient une grande ressource de l’Etat (…) On peut lire là-dessus l’Edit du Roi du mois de mars 1724 appelé le Code Noir.


(à suivre ici)


vendredi 15 septembre 2017

L'Eglise et l'esclavage au XVIIIè siècle (1)

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même", nous ordonne l'Evangile selon St Marc.
Informé de ce commandement, un élève m'interroge sur l'attitude de l'Eglise face à la traite négrière pratiquée par la France et d'autres pays d'Europe au XVIIIè siècle.
"
Les voies du Seigneur sont de tout évidence impénétrables !" suis-je obligé de lui répliquer, un peu honteux de ma pirouette, avant de lui proposer ce magnifique passage extrait de Dissertation sur la traite et le commerce des nègres (1764).
Ecrit par un théologien, Jean Bellon de Saint Quentin, ce petit ouvrage est un chef-d'oeuvre de cynisme chrétien. Réfutant les arguments des encyclopédistes, l'apologiste tente en effet de démontrer que l'esclavage ne contredit ni le droit naturel ni la loi Divine !
 
 



Au commencement, il est vrai, Dieu créa l’homme parfaitement libre ; c’est-à-dire pleinement maître de sa personne et de toutes ses actions, et n’étant assujetti ni comptable qu’au seul auteur de son être. En ce sens une pleine et entière liberté lui était naturelle. Mais le péché, en entrant dans le monde, a causé un étrange renversement dans son état et les choses ont bien changé de face à cet égard. Car depuis qu’abusant de sa liberté, il s’est révolté contre celui de qui il la tenait, il est honteusement déchu de cette pleine et parfaite liberté dans laquelle il avait été créé. En voulant par orgueil se soustraire à la douce et juste dépendance de son créateur et de son unique maître , il s’est précipité dans une servitude et un esclavage presque universels (….) C’est Dieu qui met des différences entre les hommes, qui diversifie leurs voies sur la terre et décide souverainement du sort de chacun d’eux, selon ses vues de justice ou de miséricorde. Ses jugements à cet égard sont pleins d’équité et toujours adorables. C’est lui qui fait le riche et le pauvre, le roi et le sujet, le libre et l’esclave (…) Or l’espèce d’esclaves dont il est question, quand on demande si le commerce des nègres que l’on tire de Guinée, est permis et légitime, sont dans ce cas. Ce sont des hommes nés esclaves, ou qui le sont devenus par une suite inévitable de guerres continuelles que leurs chefs se font entre eux. On ne les fait point esclaves en les achetant, mais on les trouve tels, retenus dans les fers, réduits à la servitude la plus cruelle et la plus intolérable, en puissance de maîtres barbares (…) Tout ce qui résulte par rapport à eux du commerce qui s’en fait, est le changement d’une servitude excessivement dure et qui les tient éloignés de tout moyen de salut, en une autre incomparablement plus douce et plus tolérable et où ils se trouvent à porté de parvenir à la connaissance de Jésus Christ et de son Evangile : d’où je conclus que l’état d’esclavage dans lequel on les retient n’est pas en soi contraire au droit naturel.(...)




Il est vrai que par notre qualité de Chrétiens nous ne formons plus qu’un seul corps en Jésus-Christ et nous devenons tous membres d’un même Chef : nous possédons la même foi, nous pratiquons le même Evangile et nous tendons au même bonheur, de quelque sexe, de quelque rang et de quelque condition que nous puissions être. Mais dans le corps, tous les membres ne tiennent pas le même range et ne sont pas destinés à la même fonction ; les pieds sont inférieurs à tous les autres, et plus près de la terre. Les frères d’une même famille n’ont pas tous les mêmes droits et les mêmes prérogatives : il y a des aînés et des cadets (…) Le but de la mission de Jésus-Christ ne fut jamais de remettre les hommes au même niveau et de les rendre tous égaux sur la terre ; il n’est point venu confondre la différence des conditions, ni détruire la juste et nécessaire subordination qu’il avait plu à la divine Providence de mettre entre elles (…) Donc le commerce que l’on fait des esclaves n’est pas en soi illégitime ni contraire aux lois du Christianisme. Il n’est pas non plus contraire à la Loi naturelle ni à la loi Divine écrite.





(à suivre ici)





dimanche 3 septembre 2017

Le Rideau levé ou l’éducation de Laure, par Mirabeau ? (4)

Figure illustre de la période révolutionnaire, le comte de Mirabeau est également l'auteur présumé de plusieurs récits libertins dont Le Rideau levé ou l'éducation de Laure, paru en 1786.
Au début du roman, Laure raconte à son amie Eugénie de quelle manière elle s'est autrefois éveillée à l'amour.
Tout commence avec le décès de sa mère, alors que la jeune fille est âgé d'une dizaine d'années. Aidée par la gouvernante Lucette, son père adoptif décide dès lors de l'initier aux secrets de l'amour. 



Ce fut dans une de ces charmantes nuits qu’il me fit goûter une nouvelle sorte de plaisir, dont je n’avais pas d’idée ; que non seulement je ne trouvai pas moins délicieux, mais encore qui me parut des plus vifs :
— Ma chère Laure, aimable enfant, tu m’as donné ta première fleur ; mais tu possèdes un autre pucelage que tu ne dois ni ne peux me refuser si je te suis toujours cher.
— Ah ! si tu me l’es ! Qu’ai-je donc en moi, cher papa, dont tu ne puisses disposer à ton gré et qui ne soit pas à toi ? Heureuse quand je puis faire tout ce qui peut contribuer à ta satisfaction, mon bonheur est établi sur elle !
— Fille divine, tu m’enchantes, la nature et l’amour ont pris plaisir à former tes grâces ; partout en toi séjourne la volupté, elle se présente avec mille attraits différents dans toutes les parties de ton corps ; dans une belle femme qu’on adore, et qui paie d’un semblable amour, mains, bouche, aisselles, tétons, cul, tout est con.
— Eh bien ! choisis, tu es le maître et je suis toute à tes désirs.
Il me fit mettre sur le côté gauche, mes fesses tournées vers lui. Et, mouillant le trou de mon cul et la tête de son vit, il l’y fit entrer doucement. La difficulté du passage levée ne nous présenta plus qu’un nouveau chemin semé de plaisirs accumulés ; et, soutenant ma jambe de son genou relevé, il me branlait, en enfonçant de temps en temps le doigt dans mon con. Ce chatouillement réuni de toutes parts avait bien plus d’énergie et d’effet ; quand il reconnut que j’étais au moment de ressentir les derniers transports, il hâta ses mouvements, que je secondais des miens. Je sentis le fond de mon cul inondé d’un foutre brûlant, qui produisit de ma part une décharge abondante. Je goûtais une volupté inexprimable, toutes les parties sensibles y concouraient, mes transports et mes élans en faisaient une démonstration convaincante ; mais je ne les devais qu’à ce vit charmant, pointu, retroussé et peu puissant, porté par un homme que j’adorais.
— Quel séduisant plaisir, chère Laurette ! et toi, belle amie, qu’en dis-tu ? Si j’en juge par celui que tu as montré, tu dois en avoir eu beaucoup !
— Ah ! cher papa, infini, nouveau, inconnu, dont je ne peux exprimer les délices, et dont les sensations voluptueuses sont multipliées au-delà de tout ce que j’ai éprouvé jusqu’à présent.

— En ce cas, ma chère enfant, je veux une autre fois y répandre plus de charmes encore, en me servant en même temps d’un godemiché, et je réaliserai par ce moyen l’Y grec du Saint-Père.
— Papa, qu’est-ce donc qu’un godemiché ?
— Tu le verras, ma Laure, mais il faut attendre un autre jour.
Le lendemain je ne lui parlai que de cela ; je voulais le voir absolument ; je le pressai tant qu’il fallut enfin qu’il me le montrât. J’en fus surprise ; je désirais qu’il m’en fît faire l’essai le soir même, mais il me remit au surlendemain. Je veux, ma chère, faire avec toi, comme papa me fit alors ; je ne t’en ferai la description que dans une autre scène où nous le mîmes en usage. Je t’en ai déjà parlé de vive voix, et je regrettais de ne pas l’avoir dans nos caresses où j’aurais avec tant de plaisir joué le rôle d’un amant tendre avec toi ; mais je ne l’oublierai sûrement pas quand j’irai retrouver ma consolation dans tes bras.
Malgré la distance qu’il mettait dans les plaisirs qu’il me procurait, il n’y avait aucune sorte de variété qu’il n’y répandît pour y ajouter de nouveaux attraits ; il m’était d’autant plus facile de les y trouver que je l’aimais avec toute la passion dont j’étais capable. Quelquefois il se mettait sur moi, sa tête entre mes cuisses et la mienne entre ses genoux ; il couvrait de sa bouche ouverte et brûlante toutes les lèvres de mon con ; il les suçait, il enfonçait sa langue entre deux, du bout il branlait mon clitoris, tandis qu’avec son doigt ou le godemiché il animait, il inondait l’intérieur. Je suçais moi-même la tête de son vit ; je la pressais de mes lèvres ; je la chatouillais de ma langue ; je l’enfonçais tout entier, je l’aurais avalé. Je caressais ses couilles, son ventre, ses cuisses et ses fesses. Tout est plaisir, charmes, délices, chère amie, quand on s’aime aussi tendrement et avec autant de passion.
Telle était la vie délicieuse et enchantée dont je jouissais depuis le départ de ma chère bonne. Déjà huit ou neuf mois s’étaient écoulés, qui m’avaient paru fuir bien rapidement.
Le souvenir et l’état de Lucette étaient les seuls nuages qui se montraient dans les beaux jours que je passais alors ; variés par mille plaisirs, suivis de nuits qui m’intéressaient encore davantage, je faisais consister toute ma satisfaction et ma félicité à les voir disparaître pour employer tous les moments qu’ils me laissaient entre les bras de ce tendre et aimable papa, que j’accablais de mes baisers et de mes caresses. Il me chérissait uniquement, mon âme était unie à la sienne, je l’aimais à un degré que je ne puis te peindre.

(à suivre)

samedi 2 septembre 2017

Le 14 juillet, mythes et réalités - Marion Sigaut - Partie 1/3

 

Bon, je n'ai tenu que quelques minutes, en réalité jusqu'au coup fatal porté à 1 min 30 lorsque Marion Sigaut affirme sans rire que les petits enfants anglais du XVIIIè travaillaient, contrairement à leurs homologues français... (mais comment diable notre France paysanne occupait-elle alors ses rejetons ???)
On y reviendra ultérieurement, promis !
O.M

vendredi 1 septembre 2017

Le Rideau levé ou l’éducation de Laure, par Mirabeau ? (3)




Figure illustre de la période révolutionnaire, le comte de Mirabeau est également l'auteur présumé de plusieurs récits libertins dont Le Rideau levé ou l'éducation de Laure, paru en 1786.

Au début du roman, Laure raconte à son amie Eugénie de quelle manière elle s'est autrefois éveillée à l'amour.

Tout commence avec le décès de sa mère, alors que la jeune fille est âgé d'une dizaine d'années. Aidée par la gouvernante Lucette, son père adoptif décide dès lors de l'initier aux secrets de l'amour. 



J’avançais en âge et j’atteignais la fin de ma seizième année lorsque ma situation prit une face nouvelle : les formes commençaient à se décider ; mes tétons avaient acquis du volume, j’en admirais l’arrondissement journalier, j’en faisais voir tous les jours les progrès à Lucette et à mon papa, je les leur faisais baiser, je mettais leurs mains dessus et je leur faisais faire attention qu’ils les remplissaient déjà ; enfin, je leur donnais mille marques de mon impatience. Élevée sans préjugés, je n’écoutais, je ne suivais que la voix de la nature : ce badinage l’animait et l’excitait vivement, je m’en apercevais :

— Tu bandes, cher papa, viens…

Et je le mettais entre les bras de Lucette. Je n’étais pas moins émue, mais je jouissais de leurs plaisirs. Nous vivions, elle et moi, dans l’union la plus intime ; elle me chérissait autant que je l’aimais ; je couchais ordinairement avec elle, et je n’y manquais pas, lorsque mon papa était absent. Je remplissais son rôle du mieux que je le pouvais : je l’embrassais, je suçais sa langue, ses tétons ; je baisais ses fesses, son ventre, je caressais sa jolie motte, je la branlais ; mes doigts prenaient souvent la place du vit que je ne pouvais lui fournir, et je la plongeais à mon tour dans ces agonies voluptueuses où j’étais enchantée de la voir. Mon humeur et mes manières lui avaient fait prendre pour moi une affection dont je ne puis, ma chère, te donner l’idée que d’après la tienne. Elle m’avait vue bien des fois, au milieu de nos caresses, violemment animée et, dans ces moments, elle m’assurait qu’elle désirait que je fusse au terme où elle pût aussi me procurer, sans danger, les mêmes plaisirs que je lui donnais. Elle souhaitait que mon papa me l’eût mis et eût ouvert la route sur laquelle ils sont semés :

— Oui, ma chère Laure, disait-elle, quand cet instant arrivera, je projette d’en faire une fête ; je l’attends avec empressement. Mais, ma chère amie, je crois apercevoir qu’il ne tardera pas : tes tétons naissants sont presque formés, tes membres s’arrondissent, ta motte se rebondit, elle est déjà toute couverte d’un tendre gazon, ton petit conin est d’un incarnat admirable, et j’ai cru découvrir dans tes yeux que la nature veut qu’on te mette bientôt au rang des femmes. L’année dernière, au printemps, tu vis les préludes d’une éruption qui va s’établir tout à fait.

En effet, je ne tardai pas à me sentir plus pesante, la tête chargée, les yeux moins vifs, les douleurs de reins et des sensations d’une colique extraordinaire pour moi ; enfin, huit ou dix jours après, Lucette trouva la gondole ensanglantée. Mon père ne me la remit pas. Ils avaient pressenti l’effet de ma situation ; j’en étais prévenue ; je restai près de neuf jours dans cet état, après lesquels je redevins aussi gaie et je jouis d’une santé aussi brillante qu’auparavant.

Que j’eus de joie de cet événement ! J’en étais folle, j’embrassai Lucette :

— Ma chère bonne, que je vais être heureuse !

Je volai au cou de mon papa, je le couvris de mes baisers :

— Me voilà donc enfin à l’époque où tu me désirais !…

Que je serai contente si je puis faire naître tes désirs et les satisfaire !… Mon bonheur est d’être tout entière à toi : mon amour et ma tendresse en font l’objet de ma félicité…

Il me prit dans ses bras, me mit sur ses genoux. Ah ! qu’il me rendait bien les caresses que je lui faisais ! Il pressait mes tétons, il les baisait, il suçait mes lèvres, sa langue venait caresser la mienne ; mes fesses, mon petit conin, tout était livré à ses mains brûlantes.

— Il est enfin arrivé, charmante et chère Laure, cet heureux instant où ta tendresse et la mienne vont s’unir dans le sein de la volupté ; aujourd’hui même je veux avoir ton pucelage et cueillir la fleur qui vient d’éclore ; je vais la devoir à ton amour, et ce sentiment de ton cœur y met un prix infini ; mais tu dois être prévenue que, si le plaisir doit suivre nos embrassements et nos transports, le moment qui va me rendre maître de cette charmante rose te fera sentir quelques épines qui te causeront de la douleur.

— Qu’importe, fais-moi souffrir, mets-moi toute en sang si tu veux, je ne puis te faire trop de sacrifices, ton plaisir et ta satisfaction sont l’objet de mes désirs.

Le feu brillait dans nos yeux. L’aimable Lucette, voulant coopérer à l’effusion du sang de la victime, ne montrait pas moins d’empressement que si elle-même eût été le sacrificateur. Ils m’enlevèrent et me portèrent dans un cabinet qu’ils avaient fait préparer pendant le temps de mon état. La lumière du jour en était absolument bannie ; un lit de satin gros bleu était placé dans un enfoncement entouré de glaces. Les foyers de quatre réverbères placés dans les encoignures, adoucis par des gazes bleues, venaient se réunir sur un petit coussin de satin couleur de feu, mis au milieu, qui formait la pierre sur laquelle devait se consommer le sacrifice. Lucette exposa bientôt à découvert tous les appas que j’avais reçus de la nature ; elle ne para cette victime volontaire qu’avec des rubans couleur de feu qu’elle noua au-dessus de mes coudes et à la ceinture dont, comme une autre Vénus, elle marqua ma taille. Ma tête, couronnée simplement de sa longue chevelure, n’avait d’autre ornement qu’un ruban de la même couleur qui la retenait. Je me jetai de moi-même sur l’autel.


Je souhaitais vivement le voir dans l’état où j’étais ; je l’en pressai avec instance ; il y fut bientôt. Lucette le dégagea de tous ses vêtements ; il me coucha sur le lit, mes fesses posées sur le coussin. Je tenais en main le couteau sacré qui devait à l’instant immoler mon pucelage. Ce vit que je caressais avec passion, semblable à l’aiguillon de l’abeille, était d’une raideur à me prouver qu’il percerait rigoureusement la rose qu’il avait soignée et conservée avec tant d’attention. Mon imagination brûlait de désir ; mon petit conin tout en feu appétait ce cher vit, que je mis aussitôt dans la route. Nous nous tenions embrassés, serrés, collés l’un sur l’autre ; nos bouches, nos langues se dévoraient. Je m’apercevais qu’il me ménageait ; mais passant mes jambes sur ses fesses et le pressant bien fort, je donnai un coup de cul qui le fit enfoncer jusqu’où il pouvait aller, La douleur qu’il sentit et le cri qui m’échappa furent ceux de sa victoire. Lucette, passant alors sa main entre nous, me branlait, tandis que, de l’autre, elle chatouillait le trou de mon cul. La douleur, le plaisir mélangés, le foutre et le sang qui coulaient, me firent ressentir une sublimité de plaisir et de volupté inexprimables. J’étouffais, je mourais ; mes bras, mes jambes, ma tête tombèrent de toutes parts ; je n’étais plus à force d’être. Je me délectais dans ces sensations excessives, auxquelles on peut à peine suffire. Quel état délicieux ! Bientôt, j’en fus retirée par de nouvelles caresses ; il me baisait, me suçait, me maniait les tétons, les fesses, la motte ; il relevait mes jambes en l’air pour avoir le plaisir d’examiner, sous un autre point de vue, mon cul, mon con, et le ravage qu’il y avait fait. Son vit que je tenais, ses couilles que Lucette caressait, reprirent bientôt leur fermeté. Il me le remit. Le passage facilité ne nous fit plus sentir, dès qu’il fut entré, que des ravissements. Lucette, toujours complaisante, renouvela ses chatouillements, et je retombai dans l’apathie voluptueuse que je venais d’éprouver.

Mon papa, fier de sa victoire et charmé du sacrifice que mon cœur lui avait fait, prit le coussin qui était sous moi, teint du sang qu’il avait fait couler, et le serra avec le soin et l’empressement de l’amant le plus tendre, comme un trophée de sa conquête. Il revint bientôt à nous :

— Ma Laure, chère et aimable fille, Lucette a multiplié tes plaisirs : n’est-il pas juste de les lui faire partager ?

Je me jetai à son cou, je l’attirai sur le lit ; il la prit dans ses bras et la mit à côté de moi ; je la troussai d’abord et je la trouvai toute mouillée.

— Que tu es émue, ma chère bonne, je veux te rendre une partie du plaisir que j’ai eu.

Je pris la main de mon papa, je lui introduisis un de ses doigts qu’il faisait entrer et reparaître, et je la branlai. Elle ne tarda pas à tomber dans l’extase d’où je venais de sortir.
Ah ! chère Eugénie, que ce jour eut de charmes pour moi !
 (à suivre ici)

mercredi 30 août 2017

Le Rideau levé ou l’éducation de Laure, par Mirabeau ? (2)

Figure illustre de la période révolutionnaire, le comte de Mirabeau est également l'auteur présumé de plusieurs récits libertins dont Le Rideau levé ou l'éducation de Laure, paru en 1786.
Au début du roman, Laure raconte à son amie Eugénie de quelle manière elle s'est autrefois éveillée à l'amour.
Tout commence avec le décès de sa mère, alors que la jeune fille est âgé d'une dizaine d'années. Aidée par la gouvernante Lucette, son père adoptif l'initie dès lors aux secrets de l'amour.


Quand l’heure de se coucher fut venue, il me mit dans le lit de Lucette en la priant de veiller sur moi. Il nous laissa. Mais l’inquiétude le ramenant bientôt près de nous, il se mit dans le même lit. J’étais entre elle et lui ; il me tenait embrassée et, couvrant de sa main l’entre-deux de mes cuisses, il ne me laissait pas y porter la mienne. Je pris alors son instrument, qui me causa beaucoup de surprise en le trouvant mou et pendant. Je ne l’avais point encore vu dans cet état, m’imaginant au contraire qu’il était toujours gros, raide et relevé : il ne tarda pas à reprendre, dans ma main, la fermeté et la grosseur que je lui connaissais. Lucette, qui s’aperçut de nos actions, étonnée de sa conduite ne pouvait la concevoir, et me fit beaucoup de peine par son propos :
— La manière, monsieur ! dont vous agissez avec Laurette a lieu de me surprendre. Vous, monsieur, vous, son père !…
— Oui et non, Lucette. C’est un secret que je veux bien confier à votre discrétion et à celle de Laure, qui y est assez intéressée pour le garder. Il est même nécessaire, par les circonstances, de vous en faire part à l’une et l’autre.

“ Il y avait quinze jours que je connaissais sa mère, quand je l’épousai. Je découvris dès le premier jour l’état où elle était ; je trouvai qu’il était de la prudence de n’en rien faire paraître. Je la menai dans une province éloignée, sous un nom de terre, afin qu’on ne pût rassembler les dates. Au bout de quatre mois, Laure vint au monde, jouissant de la force et de la santé d’un enfant de neuf mois bien accomplis. Je restai six mois encore dans la même province et je les ramenai toutes deux au bout de ce terme.
Vous voyez à présent l’une et l’autre que cette enfant, qui m’est devenue si chère, n’est point ma fille suivant la nature : absolument étrangère pour moi, elle n’est ma fille que par affection. Le scrupule intérieur ne peut donc exister, et toute autre considération m’est indifférente, avec de la prudence.
Je me souvins aussitôt de la réponse qu’il avait faite à ma mère : le silence qu’elle observa dans ce moment ne me parut plus extraordinaire. Je le dis à Lucette dont l’étonnement cessa d’abord.
— Mais comment donc en avez-vous agi vis-à-vis de votre épouse lorsque cet événement fut à votre connaissance ?
— Tout simplement ; j’ai vécu toujours avec elle d’une manière indifférente, et je ne lui en ai jamais parlé que la seule fois dont Laure vient de vous rendre compte ; encore y avait-elle donné lieu. Le comte de Norval, à qui elle doit le jour, est un cavalier aimable, bien fait et d’une figure intéressante, doué des qualités qui plaisent aux femmes. Je ne fus point étonné qu’elle se fût livrée à son penchant.
Cependant, elle ne put l’épouser, ses parents ne le trouvant pas assez riche pour elle. Mais si Laure ne m’est rien par le sang et la nature, la tendre affection que j’ai conçue pour cette aimable enfant me la fait regarder comme ma fille et me la rend peut-être plus chère. Néanmoins, cet événement fut cause que je n’approchai jamais de sa mère, me sentant pour elle une opposition que sa fausseté fit naître et que je n’ai pu vaincre, d’autant plus que son caractère et son humeur ne faisaient que l’augmenter. Ainsi, je ne tiens à ma chère Laurette que par les liens du cœur, ayant trouvé en elle tout ce qui pouvait produire et m’inspirer l’attachement et l’amitié la plus tendre.
Ma bonne m’embrassa et me fit cent caresses qui dénotaient que le scrupule et ses préjugés étaient enfin totalement effacés. Je les lui rendis avec chaleur : je pris ses tétons, que je trouvais si jolis ; je les baisais, j’en suçais le bout. Mon père passa la main sur elle ; il rencontra la mienne qu’il prit ; il me la promena sur le ventre de Lucette, sur ses cuisses. Sa peau était d’un velouté charmant ; il me la porta sur son poil, sur sa motte, sur sa fente : j’appris bientôt le nom de toutes ces parties. Je mis mon doigt où je jugeai bien que je lui ferais plaisir. Je sentis dans cet endroit quelque chose d’un peu dur et gonflé.

— Bon ! Ma Laure, tu tiens l’endroit sensible, remue la main et ne quitte pas son clitoris tandis que je mettrai mon doigt dans son petit conin…
Lucette me serrait entre ses bras, me caressait les fesses ; elle prit le vit de mon papa, le mit entre mes cuisses, mais il n’enfonçait ni ne s’agitait. Bientôt ma bonne ressentit l’excès du plaisir ; ses baisers multipliés, ses soupirs nous l’annoncèrent :
— Holà ! holà ! vite, Laurette ! .., chère amie, enfonce… Ah ! je décharge !… je me meurs !…
Que ces expressions de volupté avaient de charmes pour moi ! Je sentis son petit conin tout mouillé ; le doigt de mon papa en sortit tout couvert de ce qu’elle avait répandu. Ah ! chère Eugénie, que j’étais animée ! Je pris la main de Lucette, je la portai entre mes cuisses ; je désirais qu’elle fit pour moi ce que je venais de faire pour elle ; mais mon papa, couvrant de sa main ma petite motte, arrêta ses mouvements, suspendit mes desseins. Il était trop voluptueux pour n’être pas ménagé des plaisirs. Il modérait ses désirs ; il suspendit mon impatience et nous recommanda d’être tranquilles. Nous nous endormîmes entre les bras les uns des autres, plongés dans la plus agréable ivresse. Je n’avais pas encore passé de nuit qui me plût autant.
Nous étions au milieu des caresses du réveil, lorsque mon père fit ouvrir à cette femme qu’il avait fait venir la veille. Quels furent ma surprise et mon chagrin lorsqu’elle mit sur moi un caleçon de maroquin doublé de velours qui, me prenant au-dessous des hanches, ne descendait qu’au milieu des cuisses ! Tout était assez lâche, et ne me gênait point ; la ceinture, seulement, me prenait juste la taille, et avait des courroies semblables au caleçon, qui passaient par-dessus mes épaules et qui étaient assemblées en haut par une traverse pareille, qui tenait de l’une à l’autre. On pouvait élargir tout cet assemblage autant qu’on le jugeait à propos. La ceinture était ouverte par-devant, en prolongeant plus de quatre doigts au-dessous. Le long de cette ouverture, il y avait des œillets des deux côtés, dans lesquels mon père passa une petite chaîne de vermeil délicatement travaillée, qu’il ferma d’une serrure à secret :
— Ma chère Laure, aimable enfant, ta santé et ta conservation m’intéressent : le hasard t’a instruite sur ce que tu ne devais savoir qu’à dix-huit ans. Il est nécessaire que je prenne des précautions contre tes connaissances et contre un penchant que tu tiens de la nature et de l’amour. Tu apprendras du temps à m’en savoir gré, et tout autre moyen n’irait point à ma façon de penser, et à mes desseins.
Je fus d’abord très fâchée, et je ne pouvais cacher l’humeur que j’en avais. Mais j’ai trop bien appris depuis combien je lui en devais de reconnaissance.
Il avait prévu à tout. Au bas de ce caleçon était une petite gondole d’argent, dorée en dedans, qui était de la largeur de l’entre-deux de mes cuisses ; toute ma petite motte y était renfermée. Elle se prolongeait, en s’élargissant, par une plaque qui s’étendait quatre doigts au-dessous de mon petit conin, et elle se terminait en pointe arrondie jusqu’au trou de mon cul, sans aucune incommodité. Elle était fendue en long, et cette fente s’ouvrait et se fermait, par des charnières à plat, en écartant ou resserrant les cuisses. Un canal d’anneaux à charnières plates, de même métal, y était attaché et me servait de conduit. Ce caleçon avait un trou rond, assez grand, vis-à-vis celui de mon cul, qui me laissait la liberté de faire toutes les fonctions nécessaires sans l’ôter. Mais il m’était impossible d’introduire le doigt dans mon petit conin, et encore moins de le branler, point essentiel que mon père voulait éviter, et dont la privation me faisait le plus de peine.
J’ai pensé bien des fois depuis, ma chère, qu’on ferait bien d’employer quelque chose de semblable pour les garçons, afin d’éviter les épuisements où ils se plongent avant l’âge. Car, de quelque façon qu’on veille sur eux, la société qu’ils ont ensemble ne leur apprend que trop, et trop tôt, la manière de s’y livrer.
Pendant quatre ou cinq années qui se sont écoulées depuis ce jour-là, tous les soirs mon père ôtait lui-même ce caleçon ; Lucette le nettoyait avec soin et me lavait. Il examinait s’il me blessait, et il me le remettait. Depuis ce moment, jusqu’à l’âge de seize ans, je ne le quittai pas.

(à suivre ici)